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Stephen King est-il toujours le maître de l’horreur ?

Leemage/CorbisStephen King

Depuis quelques semaines, les fans frissonnent avec les nouvelles horrifiques de « Si ça saigne ». Stephen King a longtemps été décrit comme le maître de l'horreur par les experts en littérature. Il a déjà vendu plus de 3500 millions de livres. Examinons ensemble sa manière d'écrire et les adaptations cinématographiques de ses plus belles œuvres. 

Un bateau en papier flottant vers les égouts

ça de Stephen King

« La terreur a commencé avec un bateau fait d'une feuille de journal flottant dans un caniveau gonflé par la pluie ». C'est ainsi que Stephen King commence « ça », son vingt-deuxième roman, publié en 1986. Ce passage illustre ce que King fait le mieux : vous plonger instantanément dans l'horreur et l'inconnu. Et c'est cette capacité unique qui a fait de lui l'un des écrivains les plus vendus de notre temps et qui lui a valu le titre original de « Maître de l'horreur ».

Pourtant, malgré son succès et sa popularité, Stephen King peine toujours à se faire une place dans les cercles littéraires. Autrefois décrit par le New York Times comme « un écrivain grotesque » la presse et les maisons d'édition se sont longtemps demandé s'il s'agissait vraiment de littérature. Stephen King est malgré tout parvenu à écrire les histoires les plus emblématiques et les plus obsédantes jamais sorties du genre. Ce qui nous amène à la question suivante : comment fait-il ?

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Comme un grand nombre d'écrivains, Stephen King n'hésite pas à citer les auteurs qui l'ont inspiré comme Richard Matheson et son « Je suis une légende » ou Bram Stoker avec « Dracula ». Mais l'écrivain qui a eu la plus grande influence sur lui est sans aucun doute l'horrible H.P. Lovecraft. Il a créé à lui seul un nouveau sous-genre connu sous le nom d'horreur cosmique, dans lequel apparaissent des entités et des phénomènes cosmiques inconnus, souvent dépeints comme d'anciens monstres mythiques.

Les peurs sociétales, politiques et psychologiques

“Danse macabre” de Stephen King

Mais les monstres de Lovecraft n'ont jamais vraiment été des monstres. Il s'agissait plutôt de métaphores qui symbolisaient la peur profonde de Lovecraft face aux rapides avancées technologiques et scientifiques du début du XXe siècle. L'impuissance qu'il ressentait face aux changements qui l'entouraient se reflétait dans la lutte désespérée des gens contre des forces qui échappent à leur contrôle. Lovecraft pensait que l'incapacité des gens à comprendre réellement leur réalité suffirait à rendre fou n'importe qui.

À bien des égards, c'est le même genre d'horreur que King exploite. Qu'il s'agisse de vampires, d'un hôtel hanté ou d'un chien enragé, les sujets de l'horreur de King représentent tous notre peur pour autre chose. Plus précisément, les peurs sociétales du peuple américain. Dans « Danse macabre », Stephen King se concentre sur deux types d'horreur différents.

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Le premier joue sur les phobies individuelles, comme la peur des araignées ou des fantômes, sur laquelle se sont basés de nombreux films d'horreur. Mais ces horreurs ont aussi une limite claire, car elles visent un groupe très spécifique de personnes ayant cette phobie spécifique.

C'est pourquoi les œuvres d'horreur plus efficaces et plus réussies jouent sur des sujets politiques, sociétaux et psychologiques qui sont partagées par un plus large éventail de personnes. Chez Stephen King et Lovecraft, ces choses sont représentées par le paranormal et le surnaturel. D'autant plus que l'écrivain du Maine traverse des épisodes parmi les plus tumultueux de l'histoire des Etats-Unis.

Le désordre

Carrie, de Stephen King

Son premier roman, Carrie, en apparence un livre sur une fille aux pouvoirs télékinétiques, est en réalité une histoire sur la suppression de la sexualité féminine dans les années 60, publiée six ans seulement après la célèbre manifestation de Miss Amérique en 1968. Et dans The Shining, un livre sur une famille échouée dans un hôtel hanté, King met à part le concept de patriarcat profondément ancré dans la culture américaine pour discuter de la nature cyclique de l'héritage parental.

Coffret Doctor Sleep et Shining

Parfois, c'est plus personnel. Deux de ses œuvres les plus célèbres, Misery et Cujo, traitent de la dépendance et du manque de maîtrise de soi qui l'accompagne. Elles ont été écrites par Stephen King au cours de sa propre lutte contre la drogue et l'alcool.

Ce qui rend l'horreur encore plus réelle. Ce sont des représentations de la peur américaine. Des choses qui menacent le fondement même de la société dans laquelle nous vivons. C'est la réalité qui terrifie Stephen King. Comme il l'a dit un jour, ce ne sont pas les anomalies physiques ou mentales qui nous horrifient vraiment, mais le manque d'ordre dans notre réalité qu'elles représentent.

Décrire la situation

Si ça saigne

Alors, comment Stephen King met-il cela sur papier ? Il préfère partir d'une situation intéressante que travailler une intrigue complexe. Chacun de ses ouvrages est basé sur une série de scénarios. Par exemple, que se passerait-il si un mal ancien et cosmique, sous la forme d'un clown, terrorisait une petite ville du Maine ? Il pond ensuite une série de bons personnages et il les balance dedans. Ensuite, il ne cherche pas forcément à les aider. Comme pour Salem, Il observe ce qu'il se passe. C'est là que surviennent des moments inattendus et choquants.

Lien « 22/11/63 » de Stephen King

Un autre maître du suspense, Alfred Hitchcock, a dit un jour que le suspense est "le moyen le plus puissant pour retenir l'attention du spectateur". Stephen King excelle dans la manière d'attirer l'attention et la maintenir sur quelque chose d'horrible, de sorte que vous ne puissiez pas vous en détourner. Il y parvient en appliquant trois des dispositifs littéraires les plus fondamentaux. La première étape est le présage. Ses livres et ses adaptations sont truffés de lignes et de moments qui laissent entrevoir ce qui va arriver. Contrairement à la plupart des romans et films d'horreur, ce n'est pas l'incertitude du danger qui vous met à cran, mais le moment précis où ce danger va enfin se produire.

“Dôme” de Stephen King

Ensuite, vient le rappel, où King fait monter le suspense en rappelant continuellement au public que le danger est à l'affût. Et il faut souvent un certain temps avant que le danger ne se manifeste réellement. Et puis, enfin, la récompense. Dans lequel le suspense que nous avons accumulé atteint son apogée et nous faisons enfin face au danger que nous attendions.

L'analyse des œuvres de Stephen King est une excellente occasion de comprendre ce qui nous fait vraiment peur au bout du compte. Ses œuvres sont des exemples parfaits qui nous montrent que l'objet de notre peur existe bel et bien dans notre propre réalité. Parfois, ce ne sont pas les monstres ou les fantômes qui nous font peur, mais les horreurs de la vie quotidienne qui se cachent dans les coins, attendant de frapper. Et c'est cette horreur que Stephen King connaît et comprend peut-être mieux que quiconque. Et si cela ne suffit pas à faire de lui le maître de l'horreur, il serait difficile de trouver quelqu'un d'autre qui le mérite davantage.

 Later

Ce mois-ci, sort en anglais « Later ». Un roman que l'on qualifie déjà de terrifiant, tendre et déchirant. Encore une fois, Stephen King nous sert une histoire terrifiante et touchante pour mettre sans dessus dessous notre vision du bien et du mal. Avec des passages qui font échos à « ça », « Later » est une exploration puissante, obsédante et inoubliable de ce qu'il faut faire pour résister au mal dans toutes ses formes.

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